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Pour une droite libre et décomplexée

En parachevant le processus de mise en place des instances de l’UMP, le conseil national du 20 juin entérine la construction d’une Union qu’une très large majorité des électeurs de la droite et du centre appelaient de leurs vœux. La cause est entendue, nous sommes désormais clairement et loyalement unis sous une même bannière. C’est un immense succès, la raison l’a emporté.

Ce travail sur les structures de notre mouvement ne constitue pourtant qu’un détail du contrat qui nous lie aux Français. Ce contrat nous place devant une obligation historique : il s’agit de répondre aux enjeux nés des résultats inattendus du 1er tour des élections présidentielle de 2002. Le constat est simple, l’espace politique abandonné aux extrêmes par le consensus mou, la contestation de la réalité et le politiquement correct doit être reconquis. Ce « politiquement correct » et cette « pensée unique » sont dénoncés aujourd’hui avec complaisance, mais rarement définis avec précision. Cette réserve est compréhensible, puisque la critique de ces deux fléaux remet en question la recherche permanente et artificielle du consensus menée jusqu’il y a peu par la classe politique française.

De quoi avons-nous peur ? La « pensée unique » est une vieille fille un peu aigrie, qui s’est trompée sur à peu près tout depuis trente ans et tente d’oublier que la société a changé depuis 1968. De temps à autre, elle masque ses désillusions pour traiter de « réactionnaires » et de « ringards » ceux qui veulent continuer à vivre. « Conservatisme », « ringardisme », que veulent encore dire ces mots ? Anathèmes des petits-maîtres de la bien-pensance de gauche, insultes usées jusqu’à la corde par une utilisation incantatoire et partisane, ces termes ne trompent plus personne, et surtout pas les Français. Ils ne reflètent que le désarroi d’une gauche désavouée par la réalité et contemplant, abasourdie, les résultats de sa gestion irresponsable. Trop longtemps, tétanisée par ces accusations venues d’une gauche persuadée d’incarner le bien et la morale, la droite ne s’assume plus intellectuellement. Ses fondements : héritage, transmission des valeurs, sentiment national ont été systématiquement discrédités par trente ans de domination marxiste dans le paysage intellectuel français.

Voilà un an nos concitoyens ont sanctionné l’impuissance des responsables élus, leur incapacité à assumer leurs idées et la déconnexion croissante entre les discours politiques et la réalité vécue par chacun au quotidien. Soyons-en persuadés : nous ne retrouverons pas le chemin de la confiance en tenant un discours convenu et timoré. La nouvelle Union doit se confondre avec ce parti pris de courage intellectuel et de vérité.

Les rentiers du politiquement correct bloquent la société française et frustrent la majorité des citoyens qui ne s’exprime ni à la télévision, ni dans la rue. Pour contrer ce déni de représentation, nous devons faire naître à l’intérieur de l’UMP un véritable débat. Toutes les idées doivent y trouver leur place, la majorité arbitrant les choix. Si ce débat n’a pas lieu dans le cadre politique de notre Union nous pouvons dire avec certitude qu’il verra le jour ailleurs. A nos dépens. Aux dépens du pays.

Elus en 2002 à l’Assemblée Nationale, nous souhaitons trouver dans notre famille politique le lieu d’expression pour une droite libre et décomplexée. Si notre rôle de parlementaires consiste notamment à soutenir le Gouvernement de Jean-Pierre Raffarin et son action courageuse et réformatrice, nous devons aussi anticiper le débat d’idées au sein de l’UMP et organiser l’action militante sur le terrain.

Combattre les mensonges et la démagogie, démontrer aux Français le bien fondé de nos choix. Voilà la véritable raison d’être de l’Union aujourd’hui. Face aux surenchères de certains syndicats qui veulent s’enfermer dans le rôle d’une minorité de blocage, nous ne pouvons rester immobile. Le rôle de l’UMP est de rappeler que, si le droit de grève est légitime, comme ultime recours, et garanti par les lois de la République, il doit tenir compte des autres droits et libertés des Français. Le droit de tous de circuler librement et de pouvoir aller travailler. Le droit pour les jeunes de passer sereinement leurs examens, le droit plus général de tous les citoyens à bénéficier d’un fonctionnement minimal, en toutes circonstances, des services publics qu’ils financent.

Par nos prises de position, nous devons stimuler les esprits et provoquer les débats politiques qui nourriront les projets de notre majorité. Notre fonction à l’Assemblée Nationale et au Sénat est de relayer et soutenir la politique du Gouvernement. Celle de notre parti politique, est bien de poser toutes les questions qui traversent ou inquiètent la société française. Le politiquement correct n’a plus aucune légitimité pour nous bâillonner ou nous restreindre. Tous les thèmes doivent ainsi pouvoir être abordés, sans tabou. La répartition des rôles est claire. L’UMP doit tenir un discours de vérité, et proposer des réformes à la hauteur des enjeux.

Nous croyons que l’affirmation de nos valeurs et de nos convictions de droite permettra de convaincre les français que nous avons enfin compris leur message et que nous mettons en œuvre les réponses concrètes à leurs problèmes. C’est avec une droite libre et décomplexée que nous aboutirons en matière de réformes des retraites à une véritable et légitime équité entre fonctionnaires des services publics et salariés du privé. C’est avec une droite libre et décomplexée qu’une nouvelle journée du 4 août permettra l’abolition des privilèges des régimes spéciaux. C’est avec une droite libre et décomplexée que nous transformerons le RMI en Revenu Minimum d’Activité. C’est avec une droite libre et décomplexée que nous pousserons à son terme la réforme de la décentralisation pour rapprocher la puissance publique des Français. C’est avec une droite libre et décomplexée que les institutions européennes seront approfondies pour conforter la réalité de l’Europe. C’est avec une droite libre et décomplexée que pourra être engagée une véritable remise à plat de notre système d’enseignement. La grogne actuelle des syndicats d’enseignants et leur attitude de refus systématique ne doit pas occulter un rapport récent de la cour des comptes rappelant que le budget de l’éducation nationale, le plus important de la nation, est celui pour lequel le rapport coût/qualité est le plus mauvais. Nous ne parlons pas ici de rendement, encore moins de profit, mais bien de l’avenir de nos enfants et de notre société. Les parents, au premier rang desquels les enseignants, fuient le système public et les établissements privés regorgent de demandes d’inscription. Combien de temps pouvons nous encore accepter cet échec de l’école de la République ? Quand mettrons nous un terme au collège unique source d’échec scolaire ? Comment pourrions-nous rester sourds aux difficultés des jeunes enseignants, bridés par des utopies pédagogistes d’un autre temps, confrontés au manque de respect ?

C’est avec une droite libre et décomplexée que nous assurerons le respect de l’Etat. Personne ne pose encore franchement la question des risques que court notre société face à l’islamisation prônée par les groupes radicaux les plus durs et leur succès rencontré auprès des groupes les plus fragiles. Ce problème renvoyant à la question plus large de l’immigration et de l’intégration, voici pourtant un défi majeur lancé à notre société, une remise en question totale des éléments de notre identité culturelle face au risque du communautarisme. A l’évidence, les citoyens ne comprendraient pas que nous fassions l’impasse sur ce menace pour notre cohésion nationale. C’est en nous exprimant avec raison et fermeté que les Français croiront en notre détermination à poursuivre une politique efficace en matière de rétablissement de l’autorité de l’Etat, de lutte contre l’insécurité, de restauration des libertés économiques et sociales, d’investissement pour notre Défense Nationale, d’affirmation de la laïcité de lutte contre les exclusions.

La France est dans une situation grave qui appelle des réponses fortes. Le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin s’y emploie quotidiennement. Nous devons l’ aider à sortir notre société de la culture de l’excuse systématique en matière de délinquance, de la culture irresponsable du non-travail, de la non-responsabilité, et finalement des non-valeurs, dans laquelle l’ont plongée de trop nombreuses années de socialisme. Notre pays encore privilégié au sein du concert des nations n’aura bientôt plus les moyens de s’offrir à chaque volonté de réforme le luxe de 40 jours de grève.

Ernest Renan définissait la Nation en ces termes : « une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a fait et de ceux qu’on est disposé à faire encore ». L’actualité donne à cette définition un relief saisissant.

Contre tous les corporatismes, tous les communautarismes, nous voulons pourtant retrouver cette foi en une solidarité et un destin collectif. Parce que nous aimons notre pays et que nous en sommes fiers, nous voulons le réformer avec audace pour stopper son déclin et défendre son modèle républicain. Pour cela l’adhésion de tous nos concitoyens est nécessaire. Dans ce but, et après une année essentiellement consacrée à la mise en place réussie des structures de l’Union, nous avons pour ambition de contribuer à donner à l’UMP une ligne politique forte et ancrée à droite.

Jérôme Rivière, député des Alpes-Maritimes, Etienne Blanc, député de l’Ain, Yannick Favennec, député de la Mayenne, Georges Fenech, député du Rhône, et Richard Mallié, député des Bouches-du-Rhône

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