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Presse

Le duel arbitré par Paul Wermus

Depuis 1979, la marche homosexuelle s’est enracinée en France. Cette année, ce rendez-vous festif et revendicatif a lieu dans onze villes - le 24 juin à Paris. Outrancier et récupéré par la gauche, pour Jérôme Rivière, indispensable, selon Jean-Luc Romero. Débat d’élus UMP à l’Ernest Bar du Lutetia.

Jérôme Rivière. "C’est un carnaval, caricatural par ses excès"

Jean-Luc Romero. "Ce défilé homo n’est ni de droite ni de gauche’"

Jérôme Rivière. En revendiquant une vision communautariste, ce défilé s’oppose à nos valeurs.

Jean-Luc Romero. Au contraire, les homosexuels demandent l’égalité des droits dans une république universelle.

J. R. Ceux qui s’opposent à la Gay Pride sont accusés d’homophobie. Or, c’est la frange la plus outrancière qui s’y exprime.

J.-L. R. Cette manif, la plus grande de France - 700 000 personnes à Paris -, est d’abord politique.

J. R. La gauche veut la récupérer.

J.-L. R. Vous refusez aux homos ce qu’obtient le moindre syndicaliste : le droit de défendre ses droits.

J. R. De quels droits cette communauté est-elle spoliée ?

J.-L. R. De liberté (se marier), d’égalité (élever ses enfants comme tout le monde), de fraternité (ne pas être insulté, comme par le député UMP Christian Vanneste).

J. R. L’État n’a pas à se mêler des affaires de cul. Le mariage n’est pas un droit, mais un contrat entre un homme et une femme. Et personne n’a empêché un homo d’élever son ou ses enfants, mais je ne veux pas de ’homoadoption.

J.-L. R. On ne demande pas plus de droits, mais l’égalité. Cela concerne aussi l’adoption.

J. R. Par ses excès, la Gay Pride ne représente sûrement pas la communauté homo. La Pink Parade de Nice, avec des drag queens et des fesses à l’air, tue le sérieux de la revendication politique.

J.-L. R. Les médias ne voient que l’excès, tous les homos n’ont pas une plume dans le cul. La moitié des pays de l’ONU pénalisent l’homosexualité, neuf la condamnent à mort : la Gay Pride a de beaux jours devant elle.

J. R. On n’a pas à donner de droits spécifiques en fonction d’une préférence sexuelle : une discrimination positive pourrait devenir négative demain. Et puis, seul élu de droite présent, vous servez d’alibi.

J.-L. R. Et Roselyne Bachelot, Nadine Morano, Jean-Jacques Ail-lagon, Nicole Guedj ? Je suis un aiguillon pour que la droite vive enfin avec son temps. Les homos ne sont pas l’exclusivité de la gauche, l’UMP en compte de 5 à 8 %.

J. R. Qui finance les Gay Pride ?

J.-L. R. À Paris, ce n’est pas le maire. À Marseille, Jean-Claude Gaudin donne tous les moyens matériels pour son bon déroulement. Elles sont généralement non subventionnées, donc financées par les associations gays et lesbiennes et par les manifestants.

Paul Wermus. Il y en a aussi à Rennes, Los Angeles, Rome, etc.

J. R. Cela exprime un phénomène de société et une diversité, mais pas un besoin urgent, une inégalité flagrante.

J.-L. R. La visibilité des homos est indispensable, beaucoup sont obligés de se cacher. Et il y a treize fois plus de suicides chez les jeunes ados gays que chez les hétéros.

J. R. Segmenter la population selon sa sexualité est effrayant.

J.-L. R. Être battu, stigmatisé à cause de sa sexualité est effrayant.

J. R. Stop ! Cette martyrologie empêche la contradiction.

J.-L. R. Désormais dans la tradition, elle est issue d’une révolte des gays aux États-Unis contre la police qui les harcelait. Chez nous, avant 1982, l’homosexualité était toujours pénalisée.

J. R. Les organisateurs font la même erreur que les mouvements féministes les plus durs des années soixante-dix, qui niaient la différence entre hommes et femmes en prônant l’égalité à tout crin.

J.-L. R. L’homosexualité est avant tout humaine. Et la Gay Pride n’est ni ne de droite ni de gauche.

J. R. Elle est si caricaturale qu’elle prend le risque d’attiser une certaine homophobie.

P. W. C’est Juppé qui a demandé à Romero d’y représenter l’UMP. Qu’en pensez-vous ?

J. R. Je lui ai signifié qu’il était déplacé que l’UMP soit représentée dans un mouvement récupéré par la gauche et qui favorise le communautarisme.

J.-L. R. Alain Juppé et Nicolas Sarkozy - qui doit d’ailleurs recevoir les organisations de la Gay Pride ces jours-ci vivent avec leur temps. On ne peut pas faire de cette manif la chasse gardée de la gauche.Vous, vous voulez nous renvoyer au placard. Vous êtes décidément un ayatollah de l’ordre moral !

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