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Ma bio

Portrait Jérôme Rivière

Le député (UMP-CNI) des Alpes-Maritimes est un homme sûr de ses convictions. Rencontre avec un parlementaire attachant.

Au café de l’Esplanade, Jérôme Rivière prend le temps de se poser entre le vote sur la motion de censure et une interview à la radio. S’il soutient le gouvernement de Dominique de Villepin, il reste assez indépendant pour dire ce qu’il pense d’une classe politique et d’un exécutif secoués et éclaboussés par l’affaire Clearstream. « Le climat est délétère. Le pays est figé. Si je devais être ministre, j’aurais du mal à me soumettre à la discipline gouvernementale. Une page est en train de se tourner. Nous vivons la fin d’une époque », dit-il pudiquement. Et s’il insiste au passage sur l’exploit de Jacques Chirac qui est resté sur le devant de la scène politique française pendant près de 40 ans, c’est sans doute pour mieux souligner qu’il est temps que le changement arrive. Jérôme Rivière évoque Léonid Brejnev, Richard Nixon, Gérald Ford... Comme s’il s’agissait d’une autre ère. « Il faut une rupture remarquable, c’est-à-dire qui se remarque », plaide-t-il, fustigeant « le politiquement correct et les mêmes programmes qu’on nous ressert dans des emballages différents ». Ce qui vaut aussi bien pour la gauche que pour la droite, une droite qu’il aimerait, pas forcément unie mais rassemblée.

Celui qui a fondé, à la fin des années 80, le mouvement des jeunes républicains avec l’actuel député Philippe Cochet (UMP, Rhône), se qualifie volontiers de « conservateur » et regrette que les années 80 aient coupé « la droite modéré et la droite extrême. Il n’y a qu’une droite comme il n’y a qu’une gauche. Dans ma circonscription, 30% des électeurs votent Le Pen. Je ne pense pas que ces 30% soient extrémistes et je suis convaincu qu’ils ont un profond dégoût pour le racisme et l’antisémitisme. Mais je pense aussi que les Français n’ont pas besoin de filtre et qu’ils comprennent le langage de la vérité. » Le discours est simple, musclé mais sincère. Et Nicolas Sarkozy ? « Le ministre de l’Intérieur sait qu’entre nous le vote des étrangers aux élections locales est un sujet de désaccord majeur. En revanche, je le soutiens dans sa lutte contre l’immigration. D’ailleurs l’immigration choisie n’a de sens que si l’on stoppe l’immigration subie », répond-il exhortant les politiques à ne plus s’excuser d’être à droite. « Sinon, on sera battu ». « En parlant le langage de la vérité, en affirmant ses convictions il prend des risques », témoigne le sénateur Philippe Dominati (CNI, Paris) qui reconnaît en celui qui faillit devenir secrétaire général de groupe UDF au conseil régional d’Ile-de-France « un homme tenace, opiniâtre, simple, direct et ouvert. Beaucoup pensent mais n’agissent pas comme lui. ».

« Tu peux ce que tu veux »

Serait-il alors l’une des personnes capables de donner le coup de pied dans la fourmilière à l’image des François Léotard, Alain Madelin, Michel Noir, qui ont tenté dans les années 85-90 de faire bouger la classe politique, de la sortir de son apathie ambiante ? Car Jérôme Rivière qui a connu l’épisode « Quadras » quand il avait une vingtaine d’années, est aujourd’hui devenu un quadra. « Laissez du temps à la nouvelle génération d’émerger naturellement. 2007 pourrait favoriser ce renouveau », estime l’ancien chef adjoint de cabinet (civil) du ministre de la Défense... François Léotard. Les deux hommes se sont rencontrés lors des Universités d’été des jeunes RPR à Ussel en 1986. Ils ne se sont quittés qu’après 1998 quand l’honnêteté commandait que le collaborateur ne siégeât pas (au conseil régional PACA) sur les mêmes bans que son patron. Entre temps, il était devenu le suppléant de Charles Ehrmann. Après un rebond dans le secteur privé « où la création d’entreprise était beaucoup plus difficile que ce que l’on pouvait raconter ; le pays était de ce point de vue complètement sclérosé », il se lance en politique avec toujours cette envie de « participer à la décision, à l’action publique », d’avoir « une emprise sur le cours de la vie ». Le député qui avait appelé à voter Non le 29 mai 2005 confie que sa mère ne cessait de lui répéter le soir avant de dormir la phrase que Marie Curie disait à sa fille : « Tu peux ce que tu veux ». C’est sans doute grâce à cette phrase qu’il a convaincu son père, ancien DRH du groupe PSA, de se faire élire dans une commune de la Drôme et qu’il a convaincu d’autres députés UMP d’adhérer au CNI dans le courant de l’été. « Trois adhésions sont prévues ». Sans dire lesquelles. C’est aussi la phrase maternelle qui pousse l’amateur de sports (course à pied, squash), de romans (dernier ouvrage lu : Un baiser à la russe de Gaspard Koenig) et de cinéma à briguer la mairie de Nice. L’équipe est sur le pied de guerre et déjà des photos (4x3 m) ont été exposées dans les rues de la ville. « Quand mon programme sera établi et que je me sentirai prêt, je me porterai candidat. Pour le moment, comme disent les Américains, je prépare le contexte ». Tu peux ce que tu veux. « En ce moment, je veux la politique », affirme ce père de trois enfants (7, 9 et 11 ans), marié avec une Américaine, qui aurait pu être « avocat ou magistrat » et qui « prend beaucoup de plaisir à exercer ce mandat ».

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