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Presse

La droite serre les rangs

Trois sur... quatre cent quatre-vingts ! Sur l’ensemble des députés et sénateurs UMP, seuls Christine Boutin, Nicolas Dupont-Aignant et Hervé de Charette se sont prononcés en faveur du retrait du CPE. « Autant dire personne », ironise méchamment un parlementaire villepiniste. Nicolas Sarkozy et sa garde rapprochée (Patrick Devedjian, Yves Jego, Nadine Morano...) ne font certes pas mystère de leurs états d’âme, mais sans franchir le Rubicon de la rupture avec Matignon. Car chacun le sait : l’électorat de droite, vent debout en faveur du maintien du CPE, ne pardonnerait aucune “désertion”. Ce n’est pas, en effet, le moindre des paradoxes de cette crise : s’il a fracturé la France en deux, le CPE a... ressoudé la majorité. « Si Villepin tombe à l’eau, c’est toute la droite qui coule », affirme Jérôme Rivière, député UMP des Alpes-Maritimes. Car si le premier ministre a tout perdu, ou presque, du capital de sympathie accumulé à gauche depuis sa nomination (d’où sa chute brutale dans les sondages), il n’a jamais suscité autant d’adhésion dans son propre camp. Alors qu’il dégringole partout ailleurs, le soutien au CPE ne cesse de progresser parmi les sympathisants de droite : de 54 % au début du mois à 63 % cette semaine, selon une étude LH2-Libération. Et même... 71 % selon un sondage BVA-la Dépêche du Midi ! « Le CPE est devenu un symbole, poursuit Rivière. À travers son maintien, nos électeurs plébiscitent la fermeté du gouvernement et l’encouragent à ne pas céder. » « La France de droite nous dit : “Tenez bon !” », résume Jean-François Copé, porte-parole du gouvernement. En première ligne, les militants. La semaine dernière, Richard Mallié, député UMP des Bouches-du-Rhône, organisait une réunion de son comité de circonscription. Résultat : « Sur les dix-huit présents, seize m’ont dit que le CPE était une bonne mesure », raconte-t-il. Une quasi-unanimité des militants que l’on retrouve parmi les simples sympathisants. En visite, lundi, dans une petite commune rurale de sa circonscription, Saint-Nazaire-le-Désert, Hervé Mariton, député UMP de l’Yonne, en témoigne : « À la fin du conseil municipal, le maire divers droite, sans étiquette, a organisé un débat avec l’assistance. Eh bien, tous les électeurs proches de notre famille politique étaient sur la même ligne : pas question de céder ! » Directeur d’études à l’Ifop, Jérôme Fourquet le confirme : « Même si sa cote de confiance globale s’est considérablement affaiblie depuis cette crise, le premier ministre progresse - 73 % dans le dernier baromètre du JDD - parmi les sympathisants UMP. » Idem - et c’est nouveau - à la droite de la droite, où le soutien apporté au CPE par Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers est en phase avec leur électorat, favorable, par principe, à la fermeté. « La loi est la loi », dit le premier. « Il faut en finir avec les manipulations et les intimidations de l’extrême gauche », déclare le second. Alors que, selon le même sondage Ifop-JDD, Villepin dévisse complètement - moins... 22 points en un mois ! - au sein des sympathisants UDF, qui se recrutent de plus en plus au centre gauche (Bayrou lui-même ayant pris position pour le retrait du CPE), le premier ministre, en pleine zone de turbulence, ne perd que 6 points parmi les sympathisants FN. « Même si Nicolas Sarkozy reste le mieux placé sur ce segment, Dominique de Villepin se droitise », constate Fourquet.

“Céder aujourd’hui, c’est ne plus pouvoir réformer demain”.

Autant dire que le premier ministre n’a guère le choix : après avoir été lâché par les sympathisants de gauche en février, puis par ceux de l’UDF en mars, il ne peut prendre le risque de s’aliéner ceux qui lui restent : les électeurs de droite. « S’il lâche sur le CPE, il sera lâché par sa base », affirme le directeur d’études de l’Ifop. A contrario, le maintien contre vents et marées du CPE constituerait un signal fort à l’égard de celle-ci : « J’ai fait passer plusieurs messages sur ce thème à Matignon, confie Jérôme Rivière : Villepin aurait tout à gagner à être le premier premier ministre à ne pas céder à la rue. Si, comme pour les retraites avec Raffarin, nous ne gardons que le nom du CPE mais le vidons de toute sa substance, notre électorat ne sera pas dupe. » Seuls 35 % des Français, du reste, selon le sondage LH2-Libération du 20 mars, se disent favorables au « retrait pur et simple » du contrat première embauche ; 38 % étant favorables à des « aménagements ». Ferme sur le fond, mais souple sur la forme : telle veut être précisément la ligne suivie tant par le premier ministre que par sa majorité. Lesquels auront aussi, pour reconquérir l’opinion, un autre défi à relever : celui d’un vrai travail d’explication. « Le CPE n’est pas une fin en soi, explique Hervé Mariton, il est l’un des éléments de notre politique de lutte contre le chômage. Il faut expliquer pourquoi plus de flexibilité ce n’est pas plus de précarité mais plus d’emplois. Expliquer aussi que si nous cédons aujourd’hui, nous ne pourrons plus réformer demain. Expliquer, enfin, que la gauche n’a pas de solutions, si ce n’est, comme avec le “RMI jeunes” de Martine Aubry, le retour aux vieilles lunes de l’assistanat systématique, lui-même responsable, pour une large part, de nos difficultés actuelles. » Bref, assumer un discours de droite. Avec d’autant moins de complexe à avoir pour Villepin que, si les Français sont 57 % à ne plus lui faire confiance pour “réaliser d’autres réformes”, ils sont - en pleine “crise profonde” ! - plus nombreux encore - 60 % - à douter que la gauche puisse faire mieux...

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