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Presse

Un député se rebelle...

En moins de trois ans, Jérôme Rivière, député UMP des Alpes-Maritimes, a réussi à se tailler une belle notoriété dans le milieu médiatico-politique, en prenant des positions affirmées et courageuses. Le député de Nice a été l’un des fondateurs du mouvement La Droite Libre et il a également été l’un des premiers parlementaires à soutenir l’action de Nicolas Miguet dans l’affaire Eurotunnel. A l’époque, il avait même adressé aux adhérents de La Droite Libre un courrier électronique dans lequel il faisait état de son soutien à ce combat... Ce parlementaire au franc-parler est présenté comme un candidat sérieux dans la perspective de la prochaine élection municipale à Nice. Notons que son site Internet, jerome-riviere.fr, est l’un des sites politiques les plus consultés.

L’Hebdo-Bourseplus : Vous avez publié le 30 décembre 2005, dans un quotidien, une tribune dénonçant « Le multiculturalisme des imbéciles ». Cet article fait beaucoup de bruit dans les couloirs de l’UMP... La question de l’immigration est-elle, selon vous, un problème essentiel dans les maux que connaît notre pays ?

Jérôme Rivière : La cause essentielle du mal que nous vivons est notre absence de capacité à être fiers de ce que nous sommes, de notre histoire, de notre identité et de notre culture. Lorsque s’y ajoute une immigration qui n’est pas une immigration d’adhésion aux valeurs de notre pays, mais une immigration économique qui s’apparente à une immigration de peuplement, on rencontre les difficultés que l’on connaît. Notre pays qui s’excuse d’être lui-même ne peut pas favoriser l’intégration des nouveaux migrants puisque les Français sont eux-mêmes perdus. La France a perdu ses propres repères et nous sommes incapable d’assimiler les celles et ceux qui arrivent avec une culture extérieure forte. Il faut donc aujourd’hui limiter le nombre d’arrivées d’étrangers en France, leur trop grand nombre vient profondément modifier la nature de notre société. Les Etats-Unis ont une capacité forte à intégrer les immigrants parce que les américains ne se posent pas la question de leur identité et ils sont très fiers de leur culture. À partir de là, la machine à assimiler peut fonctionner. Mais comme en France nous semblons nous complaire dans une culture de la repentance et de l’excuse, nous ne donnons pas aux populations qui arrivent le sentiment qu’il est indispensable de se comporter comme nous.

L’Hebdo-Bourseplus :Les Etats-Unis ne sont-ils pas à l’abri des problèmes que nous connaissons, dans la mesure où leur immigration est forcément une immigration de travail puisque l’assistanat n’existe pas chez eux ?

Jérôme Rivière :En France, on conjugue les inconvénients. L’un des éléments déclencheurs des difficultés que l’on rencontre est que depuis un quart de siècle, on assiste à une perte de notre identité nationale, on perd notre capacité à être fier de ce que l’on est. Par exemple, on a assisté à un débat ridicule sur la bataille d’Austerlitz, alors que les Britanniques étaient contents de célébrer Trafalgar... Il faut savoir garder la fierté d’avoir une France qui a su rayonner à travers le monde. Nous avons le même débat sur le dossier de la colonisation : c’est un débat aberrant, car la France a apporté un certain nombre de choses très positives à ces pays. Lorsque l’on a systématiquement honte de son passé, je ne vois pas comment on peut construire l’avenir.

L’Hebdo-Bourseplus :Comment pouvez-vous tenir cette position en appartenant à un parti dont le président est fier d’avoir aboli la double peine et se prononce en faveur du droit de vote des immigrés non communautaires aux élections locales ?

Jérôme Rivière :Je suis membre de l’UMP, mais j’ai aussi adhéré au CNI (Centre national des indépendants) parce que je suis indépendant d’esprit et je me bats pour mes convictions. Je rejoins les positions du président de l’UMP lorsqu’il mène une politique sécuritaire forte et lorsqu’il explique qu’il ne transigera pas avec le respect pour les lois de la République. En revanche, lorsqu’il déclare qu’il faut donner le droit de vote aux étrangers non européens aux élections locales, je dis d’une manière aussi forte mon opposition totale à cette proposition. Il est important d’avoir la capacité de dire les choses et je continuerai de le faire sur les sujets qui me paraissent importants.

L’Hebdo-Bourseplus :Le CNI n’a plus la place qu’il occupait dans le passé sur l’échiquier politique... Une adhésion au CNI peut-elle faire changer les choses, alors que vos électeurs se sentent trahis dans tous les domaines ?

Jérôme Rivière :Je ne pense pas que les électeurs se sentent trahis dans tous les domaines. Dans l’action politique aussi, il ne faut pas faire du misérabilisme dans tous les domaines. Je suis fier de mon action de parlementaire au cours de ces trois dernières années, puisque la majorité a commencé à faire changer les choses en matière de sécurité. Nous avons fait un certain nombre d’avancées en matière d’immigration et on le gouvernement promet un débat important en février prochain. J’ai beaucoup travaillé sur ce sujet et j’ai des propositions importantes à émettre, notamment sur l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui nous fait accepter beaucoup trop d’étrangers en France. Je continue de me battre. Est-ce suffisant ? En politique, il faut savoir persister lorsque l’on exprime des idées. J’essaie d’être cohérent dans mes votes en tant que parlementaire et j’ai par exemple voté contre la taxe sur les billets d’avion. Nous n’étions pas assez nombreux pour faire bouger les choses.

L’Hebdo-Bourseplus :Vous faites donc une distinction entre votre action personnelle de parlementaire et celle de la majorité en général ?

Jérôme Rivière :Exactement. Je compte demander à mes électeurs de juger l’action concrète que j’ai eue au cours de mon mandat. Il y a un certain nombre de textes gouvernementaux que je n’ai pas votés, parce que je pensais profondément qu’ils n’étaient pas conformes à mes convictions. Etre dans la majorité, c’est respecter deux règles simples : voter la confiance et voter le budget une fois par an. Sur le reste, il s’agit de voter en fonction de ses convictions. Il ne faut jamais être silencieux et ne jamais renoncer au combat. La pire des choses, c’est l’inaction et le renoncement.

L’Hebdo-Bourseplus :Que répondez-vous aux propriétaires niçois qui sont confrontés au problème de l’ISF ?

Jérôme Rivière :Je regrette que l’on n’ait pas tranché cette question dès la première année de la législature. Je considère, c’est l’un de mes thèmes de campagne, que la résidence principale doit être exonérée du calcul de l’ISF. J’ai toujours voté des amendements dans ce sens-là et il n’y a jamais eu de majorité à l’Assemblée nationale pour les adopter.

L’Hebdo-Bourseplus :Un mot sur le poids de la dette : comment faire prendre conscience à la majorité de la nécessité de réduire les dépenses de l’État ?

Jérôme Rivière :Nous sommes totalement inconscients dans la manière dont nous gérons les affaires publiques. Je crois que nos enfants et nos petits-enfants nous en tiendront rigueur dans les années à venir, parce que l’on obère les capacités d’investissement mais aussi de recherche et de développement de la France de demain. Nous nous comportons aujourd’hui d’une manière égoïste.

L’Hebdo-Bourseplus :Les parlementaires de la majorité semblent attendre 2007 pour lancer des réformes libérales et tourner la page du chiraquisme. Cela veut-il dire qu’il y aura une atmosphère de fin de règne à l’Assemblée nationale au cours des prochains mois ?

Jérôme Rivière :D’abord, je ne me considère pas comme un libéral. Si je suis libéral sur le plan économique, je suis conservateur sur de très nombreuses valeurs. Le discours politique ne peut pas être réduit à un discours économique. Derrière l’économie, il faut engager une réflexion vaste sur l’état de la société. Par ailleurs, pour la question de savoir si l’année et demie de législature qu’il nous reste sera une période de « fin de règne », il appartient aux parlementaires de voter ou de ne pas voter les textes qui leur seront proposés. Sur un certain nombre de textes importants, nous pouvons exprimer ce que nous ressentons et ce que nous souhaitons. Le président de la République, à l’occasion de ses vœux, a souhaité que l’on revienne sur le chapitre concernant le rôle positif de la colonisation : eh bien, en tant que parlementaire, je resterai fidèle au vote que j’ai fait en février 2005 parce que je pense que c’était un bon texte de loi.

L’Hebdo-Bourseplus :Un climat d’incertitude semble peser sur l’avenir de Nice, où les polémiques se multiplient. Quelle est la situation ?

Jérôme Rivière :Effectivement, la ville est dans une situation difficile parce que des travaux très importants ont été engagés par la municipalité, ceci dans un calendrier qui rend les choses un peu compliquées. L’équipe en place peine à expliquer sa politique et à faire adhérer les Niçois à ses choix. Donc, comme dans toutes les grandes villes de France, il se posera la question de savoir quel est le projet qui sera présenté aux habitants pour les 6 ou 12 prochaines années.

L’Hebdo-Bourseplus :Avez-vous un projet ?

Jérôme Rivière :Je travaille effectivement sur un projet. Ensuite, la question est de savoir si une partie importante de la population est susceptible d’adhérer à ce projet.

Propos recueillis par Yannick Urrien

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