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« Je suis pour un “non” de droite parce qu’il faut plus d’Europe »

Vous faites partie des 7 députés UMP qui se sont abstenus, mardi 1er février, lors du vote de la révision de la Constitution française, préalable à la ratification de la Constitution européenne. Pourquoi ?

C’était un geste de mauvaisehumeur. J’ai regretté que l’on se soit autocensuré sur l’amendement d’Edouard Balladur qui demandait l’extension des pouvoirs du Parlement par rapport aux textes européens.

Pourtant, une partie de ce texte était bonne : celle permettant aux Français de se prononcer sur l’adhésion de tout nouveau membre à l’Union européenne. Comment jugez-vous le traité constitutionnel européen ? Je suis pour un « non » de droite européen. Pas un « non » à l’Europe, mais un « non » parce qu’il faut plus d’Europe. Ce traité, c’est seulement une Europe marché, comme en témoigne l’élargissement à la Turquie.

Votre hostilité tient donc à la question turque ?

Le coeur du problème, c’est la Turquie. Quelle Europe veut-on ? La Turquie n’a rien à faire dans l’Europe. Mais le problème va au-delà.Normalement, une Constitution définit un cadre exécutif, législatif et judiciaire et la façon dont tout cela fonctionne. Là, on n’a pas ces trois points, pas de définition des contours de l’Europe. C’est seulement l’organisation d’un grand marché. C’est insuffisant. Ce n’est pas un projet politique.

N’est-ce pas un discours paradoxal pour un libéral ?

Je suis entré en politique dans l’ancienne UDF, via le Parti républicain, parce que je croyais en l’Europe nation et l’Europe puissance. Moi, je suis à l’aise sur l’Europe libérale, de compétition. Mais je suis un libéral humaniste. Et, dans ce traité, je ne retrouve pas l’Europe de Jean Monnet. C’est une Europe résignée. On nous vante des coopérations renforcées qui seraient possibles entre pays. Mais, soumises à veto, elles ne seront jamais utilisées. Pour la défense, on fait un pas avec la création d’une agence européenne. Mais il y a des références à l’OTAN dans le texte qui ne sont pas que de principe. Dans la façon dont les choses sont écrites, on pourrait nous obliger à adopter les normes OTAN. Je suis un atlantiste. Mais je ne veux pas d’une Europe sous tutelle de l’OTAN, je veux une Europe partenaire de l’OTAN.

Vos arguments ne sont pas très éloignés de ceux d’un Laurent Fabius...

Européens de droite et de gauche ont les mêmes interrogations : où en est l’Europe nation ? Va-t-on créer une Europe puissance ? C’est le problème avec ce traité.

Votre analyse est-elle partagée à l’UMP ?

En privé, certains émettent des doutes. Mais chez beaucoup il y a de la résignation. C’est le « mieux que rien » qui l’emporte. Et puis il y a un terrorisme du « oui ».

Quel serait l’après, si le « non » l’emportait lors du référendum ?

Ce ne serait pas la fin de l’Europe. Cela contraindrait à dire aux Turcs : vous ne pouvez pas intégrer l’Europe, mais vous bénéficierez d’un partenariat privilégié. Il faudrait aussi renégocier le traité. On n’en resterait pas au traité de Nice.

Ferez-vous campagne pour le « non » ?

Je vais voir. Il ne faut pas qu’il y ait seulement le « non » à l’Europe qui s’exprime.

Propos recueillis par Philippe Le Coe

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