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Que sera le second porte-avions ?

Membre de la commission de la Défense de l’Assemblée nationale, le député des Alpes Maritimes Jérôme Rivière vient de rendre public, avec trois autres parlementaires (Patricia Adam, Marguerite Lamour et Charles Cova), un rapport très attendu sur le mode de propulsion du second porte avions français (entrée en service en 2015). Quatre options sont possibles : deux à propulsion nucléaire un clone modernisé du Charles de Gaulle (40000 tonnes) ou une plate forme plus grande (55000 tonnes) et deux à propulsion classique un bâtiment franco français ou une coopération avec Londres. Jérôme Rivière précise l’état du dossier.

Quels enseignements tirez vous de votre étude ?

Sans tirer de conclusion définitive, ce qui n’était pas le mandat de notre mission, nous établissons que le nucléaire ne paraît pas réaliste pour une grande plateforme (55 000 tonnes), à cause des coûts de développement très importants. Autre enseignement l’écart de coût de possession globale (acquisition, entretien) est presque marginal entre du franco-français classique et du nucléaire : 10 % à peine de surcoût pour le nucléaire.

Donc avantage au nucléaire ?

Libéré de cette contrainte de coût, le nucléaire reste à 100 % dans la palette des choix. Avec l’expérience du Charles de Gaulle, on sait exactement où l’on va. Le modèle économique est bien maîtrisé alors qu’un nouveau porte-avions classique serait un prototype, réservant de bonnes et de moins bonnes surprises. Si le critère financier pèse moins, le choix est éminemment politique et opérationnel.

Et la coopération avec les Britanniques ?

Nous sommes dans le flou concernant leur futur porte avions, le CVF (Carrier Vessel of the Future). Nous avons travaillé sur leur projet de 65 000 tonnes, pour lequel un accord franco anglais a été trouvé entre BAe et Thales, mais le ministère britannique de la Défense a signé un contrat de 50 millions de livres pour reprendre totalement les études. Le résultat n’est attendu que fin mars. Le projet va être considérablement modifié.

Dans quel sens ?

D’expérience, nous savons que les Britanniques ont toujours accordé beaucoup d’importance au coût : ils veulent un porte avions à 2 milliards l’unité. On peut donc imaginer que leur CVF va respecter ces contraintes de coût, mais au détriment de choix opérationnels.

Lesquels ?

Le décollage et l’appontage simultanés, possibles sur un bâtiment de 65 000 tonnes, ne le seront plus sur un porte avions réduit à 55 000 tonnes. Une autre contrainte est liée au choix du JSF 35 américain (joint Strike Fighter). Cet avion à décollage et atterrissage courts intéresse Londres, car le CVF est clairement conçu comme sa plate forme de lancement. Le Pentagone doit prendre en décembre la decision de construire ou pas cet appareil. Si cette version du JSF 35 était abandonnée - ce que je ne crois pas , toutes les options seraient ouvertes, y compris l’achat du Rafale...

Mais si le Pentagone poursuit le JSF ?

Dans ce cas, les Britanniques seront obligés d’avoir un pont different du nôtre. Sur un 65 000 tonnes, il y avait de vraies réserves de place. Pas sur un 55 000 tonnes. Il faudra des coûts d’adaptation importants.

Les officiels français ont ils une préférence ?

Notre seul produit de référence est le Charles de Gaulle, avec lequel nous avons un taux de satisfaction de 100 %. La comparaison avec les porte avions précédents (Foch et Clemenceau) ne tient pas : il y a une trop grande différence de génération. Le gros avantage du porte-avions nucléaire est son autonomie. Un inconvénient, en période de paix : ne pas pouvoir faire escale partout, à cause du nucléaire. Le débat est clair : doit on construire un outil opérationnel en fonction d’escales en temps de paix ou en fonction de ses capacités militaires.

Les marins ont aussi un vrai souci budgétaire…

L’état major a parfois le sentiment de voir le nucléaire consommer énormément de crédits, mettant en péril d’autres programmes importants et la cohérence organique de la marine nationale.

Une crainte légitime !

Elle peut être dissipée, car notre rapport montre que le surcoût du nucléaire n’est que de 10 % et que, d’autre part, il y a beaucoup d’incertitudes à choisir un nouveau modèle.

Votre choix à titre personnel ?

Pour moi, le choix se résume à deux options : la propulsion nucléaire en franco français ou la propulsion classique en coopération. Un porte avions nucléaire, "petit frère" du Charles de Gaulle, permettrait de maîtriser et de conserver à la France une technologie de pointe qui donne toute satisfaction. La propulsion classique en franco français n’offre aucune plus value. En revanche, la coopération avec les Britanniques permettrait aux décideurs politiques d’engager les industriels à travailler ensemble. De réaliser un EADS naval.

L’esprit Airbus ?

Je crains que dans ce domaine du porte avions, ce soit plutôt Concorde qu’Airbus. On n’en fabriquera pas d’autres et on ne l’exportera pas. Pour moi, le vrai EADS naval peut se faire sur les sous marins, avec des possibilités de coopération et d’exportation. Je doute qu’on fasse porter avant longtemps un pavillon européen à notre porte-avions.

Propos recueillis par Frédéric Pons

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